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Vendredi 12 juin 2009
Chers camarades,

Les électeurs nous ont envoyé un sévère avertissement, et de cette défaite électorale, je prends ici toute ma part de responsabilité, sans chercher à m'en exonérer.

Le résultat est d’autant plus dur en Île-de-France que Benoît Hamon n’est pas élu, et c’est pour moi le plus grave de nos échecs. Je voudrais lui rendre hommage pour la campagne qu’il a menée, pour son engagement total dans cette bataille, et pour le travail qu’il fait pour le Parti socialiste chaque jour. Mais je veux aussi penser à cet instant à toutes les batailles, à toutes les campagnes que nous allons mener ensemble autour de toi, Benoît, dans les prochaines années, car nous avons besoin de toi plus que jamais pour redonner de la vigueur au Parti socialiste.

Chers camarades, nous devons changer.

Nous ne devons plus jamais avoir à refaire campagne dans ces conditions. Pour cela, nous devons commencer par entendre ce que nous ont dit les électeurs : arrêtez vos divisions, arrêtez vos querelles de personnes.

Nous avons payé Reims, mais aussi ce qui s’est passé depuis : des déclarations, des attitudes qui nous nuisent collectivement. Les divisions permanentes sont graves, car elles donnent le sentiment que le Parti socialiste n’est pas tourné vers ce qui préoccupe les citoyens, vers ce qu’ils vivent, vers ce qu’ils attendent, mais uniquement vers nos problèmes internes.

Il faut se rassembler, savoir sortir de la commission des résolutions, et aller de l’avant.
C’est une claque qui ne doit pas nous assommer, mais nous réveiller. Ce que nous ont dit les Français, c’est : rassemblez-vous, réveillez-vous, rénovez-vous.

Chers camarades, nous devons aborder cette période avec humilité, avec modestie, mais aussi avec lucidité. Ce que nous avons payé, ce n’est pas simplement Reims. Le problème est plus profond, puisqu’il concerne tout le mouvement socialiste en Europe, et il vient de plus loin, en particulier en ce qui nous concerne. Il pose la question de la clarté de notre offre politique, de notre identité, et de la façon dont nous portons nos messages.

Ce que nous avons payé, c’est aussi plusieurs années de léthargie intellectuelle, de manque d’élaboration et de travail.
Le Parti socialiste est une force d’opposition, il n’a pas à s’en excuser compte tenu de la politique qui est menée par la droite, mais ce n’est pas suffisant. Comme l’a dit Martine, on attend davantage de lui. Cela ne peut pas suffire à le définir. Et nous devons même prendre garde à ce que, confronté à une droite qui a su bouger face à la crise, en tout cas dans son langage, et à d’autres formations, en particulier le courant écologique, qui veut incarner le mouvement, nous n’apparaissions pas, nous, comme le parti de l’immobilisme.

 C’est pourquoi il nous faut être porteurs d’un véritable projet de société si nous ne voulons pas simplement gagner des scrutins locaux, ou occasionnellement des élections intermédiaires dans lesquelles les électeurs se saisiraient du vote socialiste pour exprimer un mécontentement.

Les Français aujourd’hui nous font confiance pour porter des projets dans les collectivités locales, mais ils ne nous font plus confiance sur le projet de société au plan national. Dans cette campagne, où pourtant nous avions des propositions communes avec les autres socialistes européens, pour répondre à la crise au niveau du continent, nous n’avons pas suffisamment fait campagne sur nos propositions, sur les grands débats européens, sur notre projet européen. Cela aussi, c’est une leçon pour l’avenir.

Chers camarades, nous n’avons pas le choix, nous devons redevenir audacieux.

Sur le fond, et nous devons sérieusement nous remettre au travail, sur nos réponses à la crise, à la situation du pays, sur les attentes des Français.

Mais nous devons aussi être audacieux sur les méthodes, car nous n’élaborerons pas ces réponses sans les Français. Je l’ai dit, nous devons être porteur d’un nouveau projet de société, et pour le préparer le Parti socialiste doit s’ouvrir radicalement à la société civile, aux intellectuels, aux mouvements associatifs, aux couches populaires.

Il faut que des milliers de gens, comme Martine vient de le proposer, puissent nourrir ce projet. Il faut leur permettre de fabriquer avec les socialistes ce nouveau projet pour la France. Nous devons l’inventer avec eux. Je crois que nos conventions, nos forums, et sur ce plan je rejoins Vincent, ne peuvent pas revêtir des formes classiques.

Nous avons beaucoup parlé ces derniers mois, cela vient de nouveau d’être évoqué, d’organiser des primaires pour associer plus largement les Français à des choix de candidats, à des choix de personnes. Nous aurons l’occasion d’y revenir, mais je crois que la plus grande ouverture, la plus importante en tout cas à mes yeux, ce serait d’abord et surtout d’associer et d’impliquer des millions de Français à la préparation et à l’élaboration de notre projet pour 2012.

Nous devons le faire pour lui donner de la force, de la pertinence, une assise, pour qu’il soit relayé, qu’il ait une véritable capacité d’entraînement et qu’il puisse nous porter vers la victoire, quel que soit le candidat, ou la candidate, qui aura été désigné(e). Je crois que c’est cela qui doit être à l’ordre du jour des rencontres que nous aurons, de ce séminaire que Martine a proposé : la façon dont nous pouvons nous assurer que nous transformons cette intention -nous ouvrir, associer les Français à la préparation de l’avenir- en une multitude d’initiatives, d’ateliers du projet, qui soient véritablement ouverts aux citoyens, aux acteurs de la société, aux syndicats.

C'est aussi ce processus qui devra nous permettre d’ouvrir la porte à de nouveaux engagements, qui devra permettre à des jeunes, à des intellectuels, à des syndicalistes, de s’impliquer, de prendre des responsabilités, de reprendre goût à faire de la politique au sein du Parti socialiste.

Enfin, c’est vrai, cette élection -qui est un échec pour le Parti socialiste, et qui en même temps ne peut pas être considéré par la droite comme un blanc-seing pour mener sa politique, puisqu’elle n’est pas majoritaire malgré les 28 % de l’UMP- pose la question du rassemblement de la gauche.

Rassemblée, la gauche a une capacité majoritaire. Le résultat de ce scrutin le montre. Divisée, elle est impuissante. Nous devons donc lancer un processus en direction de nos partenaires, qui devra déboucher, le moment venu, sur un contrat de législature, sur un contrat de gouvernement. Nous nous y inscrirons, en souhaitant qu’il soit ouvert -sans reprendre les mêmes termes qu’à d’autres étapes, je pense à ce qui s’était passé en 1994, 1995- il faudra que ce dialogue avec les autres forces de gauche qui souhaitent gouverner puisse avoir lieu devant les citoyens, en leur permettant là encore d’y prendre part.

Mais nous y interviendrons d’une façon d’autant plus forte, d’autant plus pertinente, que nous aurons nous-mêmes déjà lancé le processus d’élaboration du projet du Parti socialiste en étant ouverts aux citoyens.
Nous devrons donc préparer ce contrat de gouvernement avec les autres forces politiques, mais nous ne devons pas faire de cette démarche un substitut au travail que le Parti socialiste, qui assume le réformisme de gauche, doit faire lui-même sur son projet en s’adressant directement aux citoyens.

En tout cas, s’il est une leçon, à mon sens, que nous pouvons tirer de ce résultat, c’est qu’il est nécessaire de rassembler la gauche, mais qu’il n’est nul besoin de courir derrière un centre que nous aurions tort, au lendemain du 7 juin, de remettre en situation d’arbitre, alors qu’il n’en a pas les moyens.
Nous devons nous adresser à ses électeurs, aux démocrates qui souhaitent un changement et une alternative à Sarkozy, et qui pourront se rassembler autour de forces de gauche unies, si elles ont été capables, avec les Français, d’ouvrir une nouvelle perspective.

Mes chers camarades,

Parlons aux Français de nos idées, de la façon dont nous voulons travailler sur nos idées, de nos propositions concrètes qui apportent des réponses aux problèmes qui les touchent dans leur vie quotidienne, mais cessons de parler de nos individualités, de notre fonctionnement, de nous-mêmes.
 Mettons-nous au travail pour cette refondation, avec audace, sans être hésitants, même si nous devons le faire avec humilité, et en cherchant au plus profond de notre identité ce qui fera notre force.

Soyons fiers d’être socialistes, plus que jamais, pour le rebond.


Par Clarté, Courage, Créativité 93 - Publié dans : Actualité
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