Par Dominique Bianco
Il s’agissait alors de répondre a l’attente des français qui depuis plus de vingt ans désespéraient de voir un gouvernement faire preuve d'efficacité et de volontarisme dans la lutte contre le chômage.
Le dispositif conditionnait pour la première fois les aides financières à l’embauche de salariés et les entreprises ne s’y sont pas trompées.
Je veux ici comme j’ai eu l’occasion de le faire- preuves à l’appui- lors de différents débats contester un argument spécieux trop souvent utilisé par les détracteurs de droite et mal contredit
par nos leaders :
Ce ne sont pas les 35h00 qui ont empêché l’évolution des salaires. Un examen approfondi de différentes conventions collectives démontrerait de manière accablante que les rémunérations sont gelées depuis bien longtemps, le tassement des salaires sur le smic antérieur à 1997 et in fine en terme d’augmentation les 35h00- en baissant le seuil de déclenchement des heures supplémentaires- a même eu un effet positif.
Outre les emplois crées on occulte trop souvent le nombre d’emplois sauvés et les centaines de milliers d’emplois que cela représente doivent être évalués en terme de création de richesses, de
consommation, de rentrées fiscales, de moral des ménages…. Bref un différentiel de 600.000 à 800.000 emplois sur le nombre de chômeurs et l’économie française des années 2000 reste à évaluer
sérieusement.
Mais les 35h00 méritent d’être défendues à bien d’autres titres dont les conséquences économiques ne sont pas les moindres :
• Temps libre pour les salariés,
• Temps libéré pour les familles, l’éducation des enfants en particulier pour les femmes dont on connait le double emploi du temps
• Temps libéré pour l’accès à la culture, à la formation
• Temps libéré au profit du monde associatif dont l’implication dans la richesse de notre pays est incontestable et doit être enfin chiffré
• Effets positifs dans les secteurs du tourisme et des loisirs
Oui l’évolution démographique, le manque de main d’oeuvre et la liberté de chacun dans sa relation au travail imposait un assouplissement de la durée du travail mais à cet égard l’augmentation du
nombre d’heures supplémentaires et d’autres aménagements auraient suffi à la correction nécessaire d’une loi par définition imparfaite.
Mais l’objectif du pouvoir en place, de la droite, du MEDEF n’est pas de défendre un modèle de société harmonieux, faisant converger toutes les énergies au profit du bien
collectif.
Le réquisitoire continu proféré sans relâche et sans nuances par les pourfendeurs des 35h00 traduit le mépris qu’ils nourrissent à l’encontre de toute tentative de construire un modèle social
pérenne compatible avec une économie dynamique et efficace…
Leur victoire gagnée sur des mensonges, la mauvaise foi et la volonté à travers cet emblème de discréditer toute politique de gauche et les socialistes dans leur ensemble doit leur laisser un
gout de cendres.
Je ne prétends pas avoir fait un bilan exhaustif des 35h00 mais c’est notre devoir impérieux de les défendre pour ce qu’elles représentent comme volontarisme politique et progrès
social. Leur coût pour le pays fut si considérable que ce serait pure folie que d’en accepter la condamnation sans réaction.
Ne nous y trompons pas, les derniers bénéficiaires resteront les fonctionnaires et les salariés
des grandes entreprises, nous faisant porter encore la responsabilité d’une politique inéquitable et clientéliste.
Nous devons nous emparer de cette question et nous ne pouvons perdre cette bataille sans que chaque citoyen mesure pleinement et personnellement le préjudice qu’il subira.
La réforme des retraites
Ces propositions sur la question des retraites et de la solidarité intergénérationnelle sont issues de ma réflexion personnelle sur le sujet et
sont donc entachées de subjectivité assumée. Elles sont probablement incomplètes, assurément soumises au débat, avec le seul espoir qu’elles ne soient pas lettre morte et la seule ambition d'un
essai à la rénovation de la pensée politique de gauche.
Après les réformes Balladur en 1993 et Fillon en 2003, voici
venu l'acte III de la réforme des retraites. Assistera-t-on à une tragédie en cinq actes, avec comme seul protagoniste la droite ? Ou bien cette fois la gauche et le Parti socialiste seront-ils
capables de prendre leurs responsabilités ?
L'enjeu est de taille pour les Français et l'échec n’est pas
concevable si l'on souhaite qu'un jour le PS préside à nouveau aux destinées du bateau ivre qu’est devenu la France : ayons le courage de montrer que nous sommes capables de réformer et de
garantir la justice sociale. Ne perdons pas de vu que celui qui pilotera cette réforme est Xavier Bertrand, l'homme fort du moment (cf. sa nomination à l’UMP), et qu’une approche molle par le PS
(ou ses leaders passés et futurs) de cette question cristallisera définitivement la défiance latente de l'opinion et des Français vis à vis de la capacité de la gauche à diriger et réformer la
Nation.
Deux stratégies politiques se dessinent à mon sens pour un leader socialiste :
Il ne peut y avoir de protection sociale forte sans production de richesses pour l'alimenter. Les modèles sociaux-démocrates s'appuient tous sur un fort taux d'emploi, des jeunes (15-24
ans) comme des travailleurs expérimentés (55-64).
Les valeurs que je défends : la solidarité intergénérationnelle
et intra-générationnelle. Nous devons marquer notre opposition à la capitalisation individuelle des retraites pour le régime de base (même si je pense qu’il ne faut pas s'y opposer par principe cf.
les excellents résultats à long terme du fond public norvégien qui a aussi des ressources individuelles et le fait aussi que des placements type participation intéressement soient
investis sur les marchés) et défendre la capitalisation collective (Fonds de réserve des retraites, équilibre du système qui permet de préserver les pensions des futurs
retraités).
Aux horizons 2015 et 2020, le besoin de financement pour maintenir le système de retraite reste important et s'aggrave (respectivement 15 et 24
milliards d'euros, soit 0.7 et 1.0 points de PIB, source COR). Parmi les trois leviers possibles, la hausse des cotisations et la baisse des pensions ne semblent pas raisonnables à priori, la
première parce qu'elle se répercutera sur les salaires et affectera le pouvoir d'achat, la seconde parce que beaucoup de retraités peinent déjà à s'en sortir. Mais une analyse plus approfondie
porte à réfléchir : geler les cotisations
implique nécessairement une baisse des pensions ! Car pour 100 actifs, il y a actuellement 52 retraités ; il y en aura 64 en 2020 et 84 en 2040, ceci dans l'hypothèse favorable où le taux de
chômage reviendrait à 5 %... Ne pas augmenter les taux de cotisations retraites nécessiterait une baisse de 40 % des retraites par rapport aux salaires pour maintenir le régime dans son état,
soit une véritable paupérisation des personnes âgées. En refusant la hausse des cotisations salariés, les syndicats et nous avec entérinons cette baisse. Enfin c’est plutôt le patronat qui est
opposé à une hausse des cotisations...
A court terme, les recettes de privatisation, le basculement des cotisations Unedic doivent alimenter le Fonds de réserve des
retraites. A long
terme, l'allongement de la durée de cotisation est la solution la moins douloureuse certes mais politiquement seulement...
Mais l'allongement de la durée de cotisation n'a aucun sens si l'emploi des seniors ne progresse pas, car elle revient alors tout simplement et encore une fois à baisser les
pensions , surtout pour les 45-65 ans qui se verront
appliquer des décotes importantes. Or, depuis la réforme de 2003, l’emploi des seniors ne progresse quasiment pas : ce que propose donc le gouvernement, c’est d’abord de baisser les retraites, en
particulier pour ceux qui s’en approchent. Il faut donc favoriser l’emploi des seniors, par la lutte contre la pénibilité des métiers et la formation tout au long de la vie, par la mobilité et
aussi par un meilleure suivi social des personnes âgées (cf. cinquième branche sécu et la dépendance), car si les pays nordiques arrivent si bien a faire travailler plus longtemps les seniors,
c’est aussi parce qu’ils ont les infrastructures sociales qui vont avec.
Le système des retraites doit être plus juste : les retraites
des femmes, des poly-pensionnés, de ceux qui ont eu des carrières longues, de ceux qui ont eu un accident du travail ou une longue maladie, de ceux qui exercent des métiers pénibles, de ceux qui
ont toujours travaillé au SMIC sont aujourd’hui insuffisantes par rapport aux retraites de ceux qui ont eu des carrières linéaires dans des métiers
peu
contraignants.
Le gouvernement doit donc d’abord travailler sur l’emploi des seniors, améliorer la justice du système, puis seulement allonger la durée de
cotisation en mettant en place un système juste, fondé sur une retraite à points, à la carte.
NB : rappel des principaux
thèmes du rendez-vous de 2008
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